Le 28 janvier 2026, TDIE et Mobilettre ont organisé un débat à Paris sur les défis actuels et futurs des transports, de la mobilité et de la logistique. À l’occasion des 25 ans de TDIE et du passage de relais entre les anciens et nouveaux coprésidents, cet événement a réuni des experts, des élus et des acteurs du secteur pour discuter des priorités : régénération des infrastructures, adaptation aux évolutions démographiques, décarbonation et innovation dans la logistique urbaine.
TDIE, think tank dédié aux infrastructures de transport, a marqué ses 25 ans par une cérémonie symbolique : le passage de témoin entre les ex-coprésidents Philippe Duron et Louis Nègre, et les nouveaux, Jean-Pierre Serrus (région Sud) et Sylvain Laval (Grenoble Alpes Métropole).
L’événement a ainsi été l’occasion :
- de rendre hommage à l’héritage de TDIE, notamment son rôle dans la création de l’Afit France en 2005 ;
- de rappeler la nécessité de dépasser les clivages politiques pour défendre une vision collective de la mobilité ;
- de souligner l’urgence de remettre la mobilité au cœur des priorités nationales et européennes.
Évolutions démographiques et mobilité
Les interventions de François Philizot (Observatoire des territoires) et Mathieu Alapetite (France Silver Éco) ont mis en lumière les bouleversements démographiques et leurs impacts sur les déplacements.
La croissance démographique et économique se concentre dans l’Ouest, le Sud et l’Île-de-France, tandis que le Nord et l’Est subissent un déclin absolu ou relatif. Les zones rurales, en particulier, voient leur population vieillir et leur emploi se réduire.
Les personnes âgées, de plus en plus nombreuses, expriment un fort attachement à l’autonomie (voiture individuelle), mais méconnaissent souvent les alternatives (transports en commun, covoiturage). Leur mobilité est nécessaire pour maintenir le lien social et éviter l’isolement.
Les collectivités locales doivent repenser l’espace public (marchabilité, accessibilité) et développer des solutions sur mesure, comme les transports à la demande ou les habitats alternatifs, pour répondre aux besoins des seniors et de leurs aidants.
Logistique urbaine : décarbonation et défis fonciers
La logistique urbaine, souvent perçue comme un parent pauvre des politiques publiques, a été placée sous les projecteurs. Laetitia Dablanc (université Gustave Eiffel) et Anne-Marie Idrac (France Logistique) ont pointé les leviers d’action et les freins persistants.
Parmi les solutions identifiées, on peut citer :
- L’électrification et les modes actifs – Les livreurs de repas ont massivement adopté les vélos électriques à Paris et Lyon, réduisant ainsi leur l’empreinte carbone. Cependant, les poids lourds et les véhicules utilitaires légers (VUL) en compte propre restent en retard.
- Le foncier et l’urbanisme – La logistique souffre d’un déficit de terrains dédiés, surtout en centre-ville. Les schémas régionaux d’aménagement (Sraddet) intègrent progressivement la logistique, mais de manière fragmentée.
- La voie fluviale – Cécile Avezard (Voies navigables de France) a rappelé son potentiel pour les chantiers urbains et la livraison de marchandises. Ce mode de transport compétitif et décarboné nécessite cependant des investissements en foncier et en infrastructures portuaires.
- Les zones à faibles émissions – L’exemple de Rotterdam montre l’efficacité des règles claires et phasées pour décarboner la logistique.
- La coordination des données – Les villes manquent cruellement de données sur les flux logistiques. Une plateforme nationale, comme aux Pays-Bas, serait un atout.
Mais ces solutions se heurtent fréquemment à une complexité réglementaire et à un manque de vision stratégique, notamment faute de planification coordonnée entre État, régions et métropoles.
Régénérer ou innover ? Le dilemme financier
Le débat sur le financement des infrastructures a opposé deux visions : priorité à la régénération (dette grise) ou poursuite des projets nouveaux. Yves Crozet (Sciences Po Lyon) et Thierry Dallard (TDIE) ont analysé les options.
SNCF Réseau estime que, sans investissements massifs, 20 % du réseau ferroviaire disparaîtrait. Le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) évalue à 3 Md€ par an les besoins pour la régénération.
Le financement de nouveaux projets d’infrastructures (6 à 8 milliards/an) suppose des arbitrages difficiles, d’autant que les délais et coûts dérapent souvent.
La fin des concessions autoroutières (2031-2036) pourrait libérer 15 Md€/an, mais leur affectation reste incertaine. Les partenariats public-privé (PPP) et la dette projet (adossée à des recettes futures) sont des pistes de financement, mais leur mise en œuvre bute sur des blocages juridiques et politiques.
Des propositions pour faire face à ces difficultés ont été énoncées :
- Changer de gouvernance : passer d’une logique budgétaire (enveloppe annuelle) à une logique projet (recettes durables, emprunts ciblés).
- Simplifier les outils : généraliser les conceptions-réalisations (comme pour le Grand Paris) et lever les freins réglementaires.
- Planification stratégique : définir une vision à 30-50 ans, en intégrant les enjeux européens et territoriaux.








